La Fondation UEFA pour l’enfance en visite à la MYSA, à Nairobi
Ouvrir le champ des possibles
La Mathare Youth Sports Association (MYSA) est une organisation dirigée par des jeunes et fondée en 1987 par le Canadien Bob Munro dans le but de se servir du pouvoir du sport pour insuffler un vent nouveau dans la communauté. Le Mathare United FC a été créé en 1994. Ce club professionnel, qui a trouvé son origine dans un programme pour la jeunesse de la MYSA, a remporté le championnat de première division du Kenya en 2008, preuve que les talents locaux peuvent atteindre des sommets quand on favorise leur développement.

La Fondation UEFA pour l’enfance soutient la MYSA depuis de nombreuses années. Elle finance des programmes qui allient football, éducation, sensibilisation à la santé, employabilité et inclusion. Au total, les financements accordées à la MYSA (en 2019, 2024, 2025 et 2026) s’élèvent à EUR 309 886.
Cette collaboration est le reflet de la mission de la Fondation au sens large, à savoir protéger les droits des enfants et créer des possibilités dans le monde entier grâce au sport.
Le Centre MYSA, une source d’espoir
La mission de la MYSA est d’offrir la possibilité aux garçons comme aux filles issus de camps de fortune de réaliser leur potentiel, sur le terrain et en dehors.
Edwin Wasonga, notre accompagnateur tout au long de notre visite en janvier dernier, a fait ses débuts à la MYSA en tant que jeune footballeur. Il en est aujourd’hui le directeur exécutif. Il nous a fait visiter le Centre MYSA, ses bâtiments et ses activités. Nous avons fait connaissance des membres du personnel de l’association, responsables des différents projets et tous d’anciens bénéficiaires de l'association. « Quand il y a une possibilité d’embauche à la MYSA, nous donnons la priorité aux personnes qui ont bénéficié de nos programmes et qui ont participé à la vie de la MYSA », a déclaré Edwin Wasonga. C’est une manière de donner une chance aux nôtres s’ils ont les compétences pour le poste. »
Santé et droits : la connaissance comme protection
Depuis 1994, le programme « Santé et droits dans les bidonvilles » de la MYSA propose des tests de dépistage du SIDA, des médicaments, des conseils, une éducation à la santé sexuelle et reproductive, des formations prodiguées par des pairs, des supports de sauvegarde et des références, autant de services pratiques et destinés aux jeunes qui répondent à leurs besoins, où qu’ils soient. Grâce à ce programme, les bénéficiaires sont guidés afin de prendre les bonnes décisions quant à leur bien-être.
Les bibliothèques : des endroits calmes pour apprendre
La MYSA dispose de quatre bibliothèques, dont une bibliothèque numérique. Ces espaces sont régulièrement utilisés par des groupes scolaires de tous âges, car beaucoup d’écoles locales manquent de ressources pour encourager la culture de la lecture et offrir des espaces sûrs pour étudier. Les jeunes adorent venir à la bibliothèque. Ils y trouvent un moment de liberté et de changement leur permettant de découvrir de nouveaux sujets et des centres d’intérêt inspirants.
Des espaces sportifs qui favorisent la confiance
La plus grande partie du Centre MYSA est consacrée au sport. Elle comprend une salle de fitness, une salle polyvalente équipée pour le badminton et le tennis de table, un terrain de football en gazon synthétique offert par la FIFA avant la Coupe du monde en Afrique du Sud, et un grand terrain de football.
Les projets de transformation de la jeunesse financés par l’UEFA utilisent le sport comme un modèle de progression. Ils soutiennent le développement personnel et social des jeunes à travers le sport et les activités récréatives au niveau du football de base.
Comment les championnats de la MYSA développent les compétences sur le terrain et en dehors
La MYSA a créé des championnats de football pour les enfants âgés de 4 à 17 ans. En 2025, on dénombrait 1745 équipes : 1018 équipes de garçons, 402 équipes de filles et 325 équipes mixtes.
Dans les matches de championnat, marquer des buts n’est pas le seul facteur qui compte. Les équipes et les joueurs peuvent gagner des points en plus grâce au fair-play et à leur participation aux activités de la communauté. Les cartons jaunes et rouges entraînent des déductions de points. Ce système fait la promotion du respect, du travail d’équipe et de la responsabilité sociale, sur le terrain et en dehors.
En participant à ces activités, les jeunes acquièrent des compétences qui les aident à se prémunir de comportements à risque ou antisociaux, comme l’abus de substances, la violence ou la criminalité. Ce projet se sert du sport pour sensibiliser les jeunes aux questions relatives à la santé, à la protection et au bien-être physique et émotionnel.
Mathare, un bidonville situé au cœur de Nairobi
Comme le nom de l’association l’indique, la MYSA a été créée à Mathare.
Abritant environ 200 000 personnes, le camp de Mathare est l’un des plus grands d’Afrique, un lieu où la vie quotidienne s’apparente à une lutte pour la survie. Les familles vivent dans des habitats fragiles regroupés le long de ruelles étroites, et la plupart des résidents sont des mamans qui élèvent leurs enfants seules. Elles sont nombreuses à avoir été abandonnées par leurs partenaires, qui fuient leurs responsabilités et qui laissent les jeunes mamans porter le poids entier de la parentalité, souvent avec plusieurs enfants à élever. La plupart des bénéficiaires de la MYSA sont des enfants élevés seulement par leur maman.
Sans accès à la formation et sans revenu fixe, ces femmes réalisent de petites tâches, comme laver le linge de leurs voisins ou vendre de petits articles dans la rue, acceptant tout travail qui se présente. Et quand les difficultés deviennent insoutenables, certaines se tournent vers des choix désespérés et risqués juste pour s’assurer que leurs enfants ont de quoi se nourrir.
La vie est difficile à Mathare. L’eau est payante. Le réseau électrique est peu fiable, voire inexistant. Les toilettes sont un luxe. Chaque jour demande de la résilience.
Pour beaucoup, l’enfance se termine bien trop tôt. Pour aider leur mère, les enfants quittent l’école, qui est payante, et commencent à travailler bien plus tôt qu’ils ne le devraient. À l’adolescence, certains intègrent des gangs, pas par choix, mais parce qu’ils n’ont pas d’autre solution. Ainsi, le cycle de la pauvreté accentue son emprise, génération après génération.

Mais la MYSA offre une porte de sortie. Grâce à ses programmes de football communautaire, les enfants découvrent un espace sûr où ils peuvent redevenir des enfants : jouer, rire et s’échapper des pressions de la vie. Le terrain de sport devient leur refuge et leur source d’espoir.
Certains joueurs des équipes nationales du Kenya sont passés par le programme de la MYSA, prouvant qu’ils ont réussi à changer leurs conditions de vie, comme celles de leurs familles, en devenant joueurs professionnels.
Pour ceux qui font preuve de dévouement et de leadership, la MYSA va encore plus loin en leur offrant des bourses, ce qui aide les enfants à ne pas abandonner l’école. En couvrant les frais de scolarité, la MYSA ouvre la porte à une éducation que ces enfants n’auraient jamais pu se permettre seuls. Pour nombre d’entre eux, ce soutien est une vraie transformation, car une bonne éducation contribue à changer leur vie et à briser le cycle de la pauvreté.
Le programme en matière de santé et de droits joue également un rôle crucial puisque la communauté est confrontée à des problèmes liés aux maladies, à la violence et à l’abus de substances. Grâce à ce programme, la MYSA fournit des informations, des conseils et un soutien pour aider les jeunes à prendre des décisions réfléchies et leur permettre d’être vecteurs de changements positifs au sein de leur communauté.
Edwin Wasonga :
« Nous croyons fortement au potentiel des jeunes qui grandissent dans les bidonvilles, car ils représentent les changements que nous voulons voir. Notre objectif est de les aider à prendre en main leur avenir et leur environnement. C'est pour cela que nous nous efforçons de collaborer avec les jeunes leaders de la communauté, en renforçant leur capacité à diriger, à inspirer et à transformer durablement. »
Bibliothèque : au fil des pages
En face du camp, la bibliothèque communautaire de Mathare North, dirigée par Charles Ajoe, accueille un grand nombre d’enfants et de jeunes adultes qui viennent lire, dessiner, discuter, danser et étudier dans un environnement sûr et inspirant. Elle organise des événements intéressants, comme des prix littéraires, pour encourager les enfants à lire des ouvrages sélectionnés et à assister à des visioconférences avec les auteurs, afin de leur donner la chance de vivre en direct les histoires qu’ils aiment. Elle fait aussi la promotion d’échanges avec les jeunes d’autres pays, créant des conversations inspirantes autour des thèmes abordés dans ces livres. Grâce à ces expériences, les enfants sont motivés à lire davantage et découvrent de nouveaux horizons au fil des pages.
Charles Ajoe s’est souvenu du jour où des enfants d’Écosse et de Mathare ont partagé leurs idées sur un même livre. Dans l’histoire, un singe entre dans une classe. La réaction des enfants écossais a été de s’occuper du singe et de lui donner des bananes, tandis que les enfants kenyans ont préféré faire sortir le singe de la classe et garder les bananes pour leur déjeuner.
Le programme de la MYSA – et surtout la bibliothèque – joue un rôle essentiel dans l’éducation des jeunes élèves. La plupart de ces enfants vivent dans des bidonvilles et n’ont aucun accès aux infrastructures d’apprentissage, alors ils se réjouissent d’aller à la bibliothèque pour écouter des histoires et découvrir des livres d’images.
Victorious King Education Centre
Nous avons eu le privilège de rencontrer Martha Mwangi, directrice du Victorious King Education Centre, qui a ouvert les portes de son école pour que nous puissions rencontrer ses élèves, des tout-petits jusqu’aux adolescents. Ils nous ont parlé en toute franchise de leurs rêves, et les professeurs ont décrit les changements qu’ils avaient constatés depuis leur participation aux activités de la MYSA.

Martha Mwangi, directrice du Victorious King Education Centre :
« Depuis que notre école a rejoint le programme de la MYSA, nous avons constaté des changements incroyablement positifs chez nos enfants. Avant, ils étaient nombreux à avoir une mauvaise estime d’eux-mêmes et manquaient de confiance en eux et en la vie. Grâce à leur participation aux activités de la MYSA et à l’apprentissage de nouvelles compétences, ces enfants sont devenus plus actifs, plus engagés et plus stables sur le plan émotionnel, que ce soit à l’école ou en dehors. La bibliothèque leur a ouvert les portes d’un nouveau monde : ils lisent ensemble, ils ont fait des progrès en écriture et en anglais, et les livres sont devenus une véritable source de développement et d’encouragement. »
Jour de match à Korogocho : des entraîneurs qui reviennent pour donner en retour
En compagnie de Robert Menya, coordinateur des matches de championnat, nous avons visité le terrain de sport de la MYSA à Korogocho, où nous avons assisté à plusieurs rencontres. Ce qui nous a le plus impressionnés n’est pas tant le talent présent sur le terrain, mais l’état d’esprit et la détermination affichés par tous.
Ces jeunes joueurs sont guidés par des entraîneurs qui s'étaient trouvés exactement là où ils sont aujourd’hui, à savoir des enfants façonnés par le programme de football de base de la MYSA. Après avoir grandi au même endroit, rencontré les mêmes problèmes et partagé les mêmes rêves, ils sont de retour en qualité de mentors, déterminés à offrir à la nouvelle génération les possibilités dont ils ont bénéficié.
Grâce à une formation spécialisée proposée par la Fédération kenyane de football, par l’intermédiaire de la MYSA, ces entraîneurs ont pu renforcer leurs compétences, gagner en confiance et aident aujourd’hui leurs équipes à viser plus haut, à jouer mieux et à vraiment croire en elles.

Mohammed Ismael, entraîneur d’une équipe M15 féminine :
« Ce n’est pas facile d’entraîner des jeunes filles ici. Les familles ont du mal à se payer un équipement même basique, et les pressions sociales peuvent les contraindre à rester à la maison. La MYSA les aide à développer leur talent et leur confiance, sur le terrain et en dehors. En tant qu’entraîneur, j’essaie de leur inculquer détermination, constance et concentration dans tout ce qu’elles entreprennent. »
Catherine Monthe, entraîneure des M12 et M13 féminines :
« Le premier défi est de trouver des filles, car tous les parents ne veulent pas que leurs filles jouent au football. Les menstruations peuvent aussi être un problème. Mais une fois qu’elles sont inscrites, elles se font des amies, elles apprennent de nouvelles compétences de vie et elles reviennent chaque semaine. Parfois, un petit cadeau, comme du savon ou des claquettes, peut nous aider à les fidéliser. »
L’histoire d’Asher : une transformation
Asher est une jeune fille de 13 ans qui vit à Korogocho. Orpheline depuis son plus jeune âge, elle vit avec sa grand-mère, Rosemary. Son frère aîné est actuellement en prison, ce qui contraint Asher et sa grand-mère à mener leur vie toutes seules, une existence parsemée de difficultés qui auraient pu pousser la jeune fille à abandonner l’école.
Asher a rejoint le programme de la MYSA il y a cinq ans, après la visite de représentants de l’association dans son école, à la recherche de nouveaux participants. Dès le premier jour, elle s’est découvert une véritable passion pour le football, une passion qui a rapidement révélé un extraordinaire talent.
Sa détermination et sa participation active au programme lui ont permis de décrocher une bourse de la MYSA et de poursuivre ses études à l’école. Bien qu’Asher comprenne l’importance de l’éducation, le football est devenu sa principale source de joie, de confiance et d’objectif.
Aujourd’hui, elle est déterminée à faire partie des quelques jeunes athlètes sélectionnés pour se rendre en Norvège disputer la Norway Cup 2026, le plus grand tournoi de football junior du monde. Pour Asher, c’est plus qu’une compétition, c’est la chance de sa vie.
Asher a déjà participé à deux championnats avec la MYSA, au cours desquels elle a remporté plusieurs médailles et un maillot de vainqueur du championnat de la MYSA. En 2024, elle a été désignée Joueuse du match lors d’une rencontre.
Sa grand-mère est très fière et la soutient. Chaque jour, elle est reconnaissante de la chance que la MYSA donne à Asher, celle de connaître une vie meilleure.
Rosemary, grand-mère d’Asher :
« Je suis si fière de ma petite-fille, et mon cœur est rempli de gratitude pour l’entraîneur qui s’occupe d’elle et de toutes les autres filles. Elles se soutiennent, elles grandissent ensemble comme elles ne pourraient jamais le faire seules. Elle va à l’école et je ne lui demande plus de s’occuper des tâches ménagères. Je veux qu’elle ait l’enfance et les occasions que je n’ai jamais eues. L’engagement de son entraîneur est une bénédiction pour notre famille. »
Quand on a demandé à Asher quel était son rêve, elle a répondu :
« Mon rêve est de jouer au football et d’aider ma famille et les autres enfants qui n’ont pas de toit ni de quoi manger. »
L’ACTION DE LA MYSA
| Plus de 30 000 membres inscrits
1745 équipes en 2025 (1018 équipes de garçons, 402 équipes de filles et 325 équipes mixtes) Plus de 10 000 jeunes ayant reçu des informations sur la santé et leurs droits Plus de 6000 bourses accordées Plus de 3000 entraîneurs de football de base Plus de 1300 utilisateurs de la bibliothèque En 2008, 80 % de l'équipe de football du Kenya et du staff technique venaient du programme de la MYSA. |














